Sommeil • 27.10.2026

Apnée du sommeil : des causes qui ne se limitent pas au surpoids

Julie
Apnée du sommeil : causes, masque PPC et oxymètre sur table
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L’apnée du sommeil provient le plus souvent d’une fermeture répétée de la gorge pendant la nuit. Le surpoids peut la favoriser, mais la forme des mâchoires, l’âge, l’alcool ou certains médicaments interviennent aussi. Plus rarement, le problème vient de la commande cérébrale de la respiration. Distinguer ces mécanismes aide à comprendre ses facteurs de risque et à savoir quand consulter.

Deux mécanismes différents derrière les pauses respiratoires

L’apnée obstructive : l’air ne passe plus malgré l’effort respiratoire

Dans le syndrome d’apnées-hypopnées obstructives du sommeil, ou SAHOS, aussi appelé SAOS, les muscles du pharynx se relâchent pendant le sommeil. Chez une personne prédisposée, les parois de ce conduit situé derrière le nez et la bouche se rapprochent jusqu’à réduire ou bloquer le passage de l’air. On parle de collapsus pharyngé. Le thorax et l’abdomen continuent pourtant leurs efforts pour respirer.

Schéma explicatif des causes de l’apnée du sommeil et de la différence entre apnée obstructive et apnée centrale
Schéma explicatif des causes de l’apnée du sommeil et de la différence entre apnée obstructive et apnée centrale

Une apnée correspond à une interruption du débit respiratoire, généralement pendant au moins 10 secondes. Les pauses peuvent durer de 10 à 30 secondes, voire davantage. Une hypopnée est une diminution du débit, sans arrêt complet. Ces événements peuvent faire baisser l’oxygénation et provoquer de brefs micro-éveils qui permettent la réouverture de la gorge. Répétés, ils fragmentent le sommeil, souvent sans laisser de souvenir.

L’apnée centrale : la commande respiratoire devient défaillante

Dans l’apnée centrale, plus rare, les voies aériennes ne sont pas nécessairement bouchées : c’est la commande cérébrale de la ventilation qui s’interrompt temporairement. L’effort respiratoire cesse alors. Certaines insuffisances cardiaques, des accidents vasculaires cérébraux ou des médicaments comme les opioïdes peuvent être impliqués. Des événements centraux et obstructifs peuvent coexister ; seul un enregistrement permet de les distinguer correctement.

Le terrain anatomique et le poids expliquent une partie du risque

La cause immédiate est l’obstruction ; les facteurs de risque rendent cette obstruction plus probable. Cette distinction évite d’attribuer toute apnée au poids ou, inversement, d’écarter le diagnostic chez une personne mince.

Une gorge plus étroite, avec ou sans surpoids

Les dépôts graisseux autour du pharynx peuvent réduire son calibre et favoriser sa fermeture. Mais une mâchoire inférieure située en retrait, appelée rétrognathisme, une langue volumineuse ou un espace réduit derrière la langue peuvent produire un terrain similaire. Certaines malocclusions dentaires accompagnent ces particularités. Une prédisposition familiale existe également, notamment à travers des caractéristiques anatomiques partagées.

Chez l’enfant, des amygdales ou des végétations volumineuses peuvent contribuer à l’obstruction. Un ronflement habituel, une respiration laborieuse ou des pauses observées doivent donc être signalés au pédiatre, même en l’absence de surpoids.

L’âge et les changements hormonaux comptent aussi

Avec le vieillissement, la tonicité des muscles qui maintiennent les voies aériennes ouvertes peut diminuer. Les hommes sont environ deux fois plus concernés que les femmes, mais le risque féminin augmente après la ménopause. Chez les femmes, fatigue, sommeil peu réparateur ou plaintes d’insomnie peuvent également conduire à rechercher des apnées, même sans ronflements spectaculaires.

Selon l’Inserm, les proportions rapportées sont de 7,9 % chez les 20-44 ans, de 19,7 % chez les 45-64 ans et de 30,5 % chez les plus de 65 ans. Ces chiffres décrivent une évolution avec l’âge, pas une certitude individuelle : un adulte jeune peut être concerné, et une personne âgée ne l’est pas systématiquement.

Alcool, médicaments et position : ce qui fait basculer la respiration

Plusieurs facteurs peuvent s’ajouter à un terrain anatomique favorable. Ils ne provoquent pas tous, à eux seuls, un syndrome d’apnées, mais peuvent accentuer les événements respiratoires.

FacteurEffet possible pendant le sommeilAction à envisager
Alcool en soiréeAccentuation du relâchement des muscles de la gorgeÉviter sa consommation avant le coucher
Certains sédatifs et somnifèresModification du tonus musculaire ou des réactions d’éveilFaire réévaluer le traitement par le prescripteur
OpioïdesPerturbation possible de la commande respiratoireSignaler les pauses et la somnolence au médecin
Sommeil sur le dosRecul de la langue favorisant l’obstruction chez certaines personnesDiscuter d’une approche positionnelle si le bilan la justifie
Tabac et obstruction nasaleIrritation ou gêne au passage de l’airAccompagner l’arrêt du tabac et rechercher une cause ORL

Une rhinite ou une congestion nasale peut compliquer la respiration nocturne, sans expliquer nécessairement toutes les apnées. De même, un asthme associé mérite d’être bien contrôlé, mais ne doit pas être confondu avec l’obstruction pharyngée du SAHOS. N’arrêtez jamais seul un médicament prescrit : son rôle éventuel dépend de la molécule, de la dose et de votre situation médicale.

Le risque fonctionne comme une balance entre les forces qui maintiennent la gorge ouverte et celles qui tendent à la fermer. Une mâchoire un peu en retrait peut être compensée en journée par l’activité musculaire, puis devenir problématique pendant le sommeil, surtout après de l’alcool ou sur le dos. Cette idée explique pourquoi plusieurs facteurs modestes peuvent compter ensemble, et pourquoi agir sur un facteur modifiable reste utile même lorsque l’anatomie ne change pas.

Les signes qui justifient une consultation, même sans souvenir de réveil

Le ronflement correspond à une vibration des tissus au passage de l’air. Ronfler ne signifie donc pas automatiquement souffrir d’apnées, et l’intensité du bruit ne mesure pas leur gravité. En revanche, des ronflements interrompus par des silences, suivis d’une reprise bruyante ou d’un étouffement, constituent un signal important.

  • La nuit : pauses observées par un proche, réveils avec suffocation, sommeil agité ou levers répétés pour uriner.
  • Au réveil : bouche sèche, maux de tête ou impression de ne pas avoir récupéré.
  • Dans la journée : endormissements involontaires, fatigue, irritabilité, difficultés d’attention ou de mémoire.

Ces symptômes ne sont pas spécifiques, mais leur association doit conduire à consulter le médecin traitant. Notez les observations de votre entourage, vos horaires de sommeil et les médicaments pris. L’absence de souvenir des micro-éveils n’exclut pas le trouble.

Une somnolence au volant impose de ne pas conduire et de demander rapidement un avis médical. À long terme, les apnées non traitées sont associées à davantage d’hypertension, de troubles du rythme et de complications cardiovasculaires et métaboliques. Il faut les prendre au sérieux sans déduire leur gravité du seul ronflement.

L’enregistrement du sommeil permet de choisir une prise en charge adaptée

Le médecin peut orienter vers un pneumologue, un spécialiste du sommeil ou un ORL selon les signes. La polygraphie respiratoire, souvent réalisée à domicile, enregistre notamment le débit d’air, les mouvements thoraco-abdominaux et la saturation en oxygène. La polysomnographie ajoute l’étude du sommeil, notamment grâce à l’activité cérébrale ; elle est utile lorsque la situation nécessite une analyse plus complète.

L’index d’apnées-hypopnées, ou IAH, indique le nombre d’événements par heure. Un IAH supérieur à 30 correspond à une forme sévère chez l’adulte. Ce chiffre ne résume toutefois pas tout : le médecin tient aussi compte des symptômes, des baisses d’oxygène et des maladies associées. Une montre connectée ou un simple saturomètre ne remplace pas ce bilan.

Le traitement dépend du mécanisme et de la sévérité : réduction des facteurs aggravants, prise en charge du poids si nécessaire, orthèse d’avancée mandibulaire dans certaines situations ou pression positive continue, appelée PPC, pour maintenir les voies aériennes ouvertes. Une apnée centrale nécessite une approche adaptée à sa cause. L’objectif n’est pas seulement de supprimer un bruit nocturne, mais de retrouver un sommeil réparateur et de protéger la vigilance et la santé.